Bonjour Fabrice Nicolas et avant toute chose, un grand merci à vous deux d'accepter de vous livrer au jeu de cette petite interview pour Psychovision !
Nicolas : Je m'appelle Nicolas et je suis une des deux meilleures parties de Fabrice Nicolas. Il m'arrive souvent d'être aussi l'autre meilleure partie, notamment avant 14 h, heure à laquelle Fabrice fait semblant d'émerger. Je viens d'avoir quarante ans et ce n'est pas grave. Je suis le fondateur de la franchise "Fabrice Nicolas® Paris", dont le slogan est : "Notre sacerdoce, vous divertir, notre fierté y parvenir". Fabrice Nicolas®, ce sont deux auteurs au service de la qualité depuis 2002. Fabrice Nicolas®, en chiffres, ce sont deux romans écoulés à plusieurs dizaines d'exemplaires dans le monde et presque autant de fans si l'on compte la famille et les amis. Ce sont également, chez le lectorat, des indices de satisfaction de plus de 95%² . Mon travail jusqu'à la création de Fabrice Nicolas® n'avait, et n'a toujours, rien à voir avec l'écriture, mais il faut bien manger...
Vous avez la grande particularité d'écrire vos romans à deux mains, c'est-à-dire que vous écrivez ensemble, en collaboration, sous le pseudo de Fabrice Nicolas. Comment cela se passe-t-il concrètement ? D'où vous est venue cette idée et comment vous répartissez-vous le travail ?
Nicolas : En ce qui concerne votre première question, nous écrivons un mot sur deux en essayant de faire deviner à l'autre celui qui manque par QCM. Cela ajoute un petit côté ludique à l'écriture qui est loin d'être désagréable et peut parfois donner lieu à de vraies surprises. Par exemple, cette phrase tirée de la première version des Marionnettistes, avant remise en forme : "Nico décima ses pantoufles à la pistache à coups de démonte camembert pour faire une." (En fait, Fabrice est super pas fort en devinettes.) L'idée de travailler à deux m'est venue lorsque j'ai imaginé l'histoire de ce qui devait être mon premier roman. Pour tout dire, je savais que ce que je voulais en faire pouvait tenir la route, mais je ne me sentais pas capable de me lancer seul dans l'aventure. Pour être plus exact, je n'en avais surtout pas envie. Fabrice s'est fait tirer l'oreille, mais a fini par accepter. Quant à la répartition du travail proprement dit, elle se fait en fonction des aptitudes et connaissances de chacun. Par exemple, j'écris les livres et Fabrice décapsule les bières.
Vous êtes les seuls auteurs chez Nuit d'Avril proposant des romans de science-fiction. Comment vivez-vous cette marginalisation ? Pas trop difficile à vivre ? Plus sérieusement, comment en êtes-vous à arrivés à proposer "Nous nous reverrons... hier" aux éditions Nuit d'Avril connaissant leur ligne éditoriale ?
Nicolas : En fait, tous les efforts des autres auteurs pour nous marginaliser sont restés vains, car nous avons décidé, depuis le début, de les ignorer. Nous ne leur parlons pas. Ils n'avaient qu'à faire de la science-fiction. En réalité, ce que nous proposons, Fabrice et moi, se joue un peu des classifications et des mises en tiroir. Alors certes, dans nos romans on trouve de la science-fiction, de l'anticipation, du fantastique, dans des proportions diverses, mais toujours à partir d'un univers contemporain et réel. C'est ce dernier élément qui a toujours présidé aux choix de Nuit d'Avril. Il peut se passer n'importe quoi, si possible fantastique ou gothique, à condition que ce soit encré dans le réel. On y met également de l'histoire et des analyses sociologiques. Enfin bref, un mélange inhabituel auquel se rajoutent humour et action. Le résultat final étant inclassable, il ne pouvait entrer dans un moule éditorial défini. Je pense que la maison d'édition a fait une exception parce que le livre lui a plu, tout simplement. Cela dit, notre prochain roman ne contiendra pas une once de science-fiction, mais fera la part belle au fantastique pur.
"Nous nous reverrons... hier" aborde un thème et une époque historique très difficile, le troisième Reich et l'ascension d'Hitler au pouvoir, avec une justesse de ton et une documentation vraiment très riche. Comment avez-vous travaillé pour aboutir à ce résultat ? N'avez-vous pas eu peur de vous confronter à de vives critiques (historiens, universitaires par exemple) à la sortie du roman ?
Maître Drelin Gredin, avocat : Mon client...
Pourquoi avoir justement choisi d'évoquer cette période trouble de l'Histoire ?
Nicolas : Quitte à mettre en scène un grand méchant, autant le faire dans une période à la hauteur de son ignominie. Nous avons choisi de n'en inventer qu'une partie. Le troisième Reich, en plus de l'intérêt qu'il a toujours suscité en moi, était le terrain de jeu rêvé pour le faire évoluer. Si je vous avais posé la question de savoir qu'elle était, à votre avis, la pire période de l'histoire de l'humanité, celle-ci serait sans doute sortie dans le top deux.
Dans "Les Marionnettistes", vous vous orientez vers une science-fiction plus légère je dirais, matinée de complots politiques et d'extraterrestres belliqueux, à la croisée des séries X-Files et V. Qu'est-ce qui vous a poussé à choisir cette voie ? Les clins d'oeil aux séries célèbres sont-ils voulus ? Étés-vous donc les dignes héritiers de cette génération X-Files ?
Nicolas : En réalité, il faut bien l'admettre, nous n'avons aucune imagination. Avant de nous lancer dans l'écriture d'un nouveau roman, on met des noms de séries dans un chapeau et on en tire deux au hasard. Pour "Les Marionnettistes", ce n'était pas trop compliqué, puisque ce sont les deux séries que vous avez mentionnées qui sont sorties. Là, pour le prochain, on est un peu plus embêté, car il va falloir faire un mix entre "Buffy" et "l'homme du Picardie". Attendez-vous à une histoire de chasse aux vampires sur une péniche. Plus sérieusement, il est plus que difficile d'être 100% original, de ne pas empiéter sur des domaines qui ont déjà été archi explorés. Comment faire pour traiter d'un sujet qui vous fait envie sans donner l'impression d'une nouvelle redite ? Nous avons pris le parti de pondre des histoires sur des sujets qui nous font triper sans nous poser de question sur le fait de savoir si cela a déjà été fait ou pas puisque dans 99% cela a été le cas. Le voyage dans le temps est un sujet tellement éculé qu'on voit à travers, pourtant, de nombreuses critiques ont souligné le traitement original que nous avions su lui réserver. Idem en ce qui concerne un complot extra-terrestre. Il est difficile de s'emparer du sujet sans que le lecteur ne pense invariablement à "V" et "X-Files", pourtant nous n'avons, à aucun moment, cherché à nous réclamer de cet héritage. C'est notre éditeur qui a souhaité en faire un argument promotionnel. Comme beaucoup, nous avons été marqués, dans nos jeunes années, par "V" et plus récemment par "X-Files", mais ne me demandez pas de vous en raconter un épisode, j'ai lâché à la troisième saison.
D'ailleurs, dans la Fine Équipe si attachante, son esprit de groupe et ses aventures incroyables, j'y ai aussi retrouvé un peu de mon enfance, un côté "Club des cinq" ou "Six compagnons" qui affrontent des situations rocambolesques avec bonne humeur et solidarité. Niez-vous totalement cette référence peut-être un brin exagérée ? (Rires)
Nicolas : Pas du tout, bien au contraire. C'est, pour le coup et contrairement à la question précédente, une volonté affichée et assumée de ma part. Peut-être un peu moins de celle de Fabrice, je crois. Lorsque j'ai imaginé le scénario de "Nous nous reverrons...hier", je souhaitais écrire une histoire que j'aurais moi-même aimé lire vers 16-18 ans. Je me rappelle qu'à cet âge-là, j'avais encore une certaine nostalgie de mes lectures de bibliothèque rose et plus encore de la verte. Et c'est vrai que ni le "Club des cinq", ni les "Six compagnons", ni le "Clan des sept" n'ont grandi avec leurs lecteurs et j'en ai conçu une certaine tristesse. C'est pourquoi j'ai souhaité combler ce vide avec des personnages jeunes adultes, à peine sortis de l'adolescence à qui il arrive des aventures incroyables qu'ils affrontent comme ils peuvent, avec de vraies valeurs d'amitié et de bonne volonté. Cela dit, nos histoires trouvent un écho favorable chez des lecteurs bien plus âgés.
Une question me brûle les lèvres : qui est le papa de Bob, cet impayable gaffeur à hurler de rire ? Et Winston, un chien comme cela, il a forcément un modèle !!
Nicolas : C'est moi, dans les deux cas, mais je n'ai pas grand mérite, car tous les personnages de l'équipe se sont imposés à moi avant que Fabrice ne me rejoigne. Lui-même a imaginé nombre de personnages dans les deux romans, en particulier les plus sombres et les plus ignobles. Quant à Bob, c'est mon copain, celui que j'ai le plus plaisir à mettre en scène. Celui pour lequel je me casse le plus la nénette à peaufiner des gags de situations ou des dialogues. C'est mon bébé. Contrairement à Nico ou à Capucine que Fabrice a réussi à s'approprier, voire à faire évoluer, il a toujours eu du mal avec Bob. Il ne le sent pas. Il le voudrait autre. Pas moi. Certaines discussions à ce sujet ont été poilues. Je pense que nous sommes parvenus à un terrain d'entente entre le "trop", dont j'ai été, parfois à tort, le partisan et le "pas assez" dont Fabrice aurait aimé être le promoteur. C'est un personnage qu'on adore ou que l'on déteste. Par chance, il semble plaire à la majorité dont vous faites partie. Quant à Winston, il n'a pas de modèle. Encore qu'en en parlant, je me rends compte à l'instant que j'avais adoré le bulldog - Max, je crois - du juge McKeb dans cette vieille série (justement, encore une...) qui s'appelait "La loi est la loi". Mais Winston est mille fois plus attachant.
Pouvez-vous nous parler de vos futurs projets ? Comptez-vous rester uniquement dans la science-fiction ou d'autres styles littéraires vous attirent-ils aussi ? Et vos projets se déclineront-ils toujours à deux mains ou comptez-vous un jour envisager chacun une carrière "solo" ?
Nicolas : Nous travaillons en ce moment même sur une anthologie de la contrepèterie et du calembour en science-fiction. Un ouvrage riche en bons mots, saillies drolatiques et désopilantes goguenardises. Je conseille, par avance, aux plus férus d'humour interstellaire d'aller directement aux chapitres consacrés aux boutades chez le Klingon, aux calembredaines de Vega ou aux gauloiseries Stressos qui ne sont pas piquées des vers. Chacun sait qu'ils sont dotés d'une grosse glozubl ce qui ne manque pas de donner lieu à de savoureux lazzis. (Poil au glouzbi !) Puis, nous continuerons les incroyables aventures de la fine équipe dont nous avons les grandes lignes et trois chapitres d'écrits. Enfin, nous irons probablement boire une bière à un moment donné. Concernant notre dualité d'écriture, rien n'est fixé. Il est plus que probable que nous continuerons la fine équipe ensemble tant que nous y prendrons plaisir et que les idées seront là, mais rien ne nous empêche de nous lancer en solo si le coeur nous en dit. Hormis peut-être une flemmardise crasse.
Petite question bonus (ou question piège !), le questionnaire express :
Fabrice : Un ornithorynque. Je trouve ce truc rassurant, il est la preuve que l'humour vient de Dieu, donc un camouflet vivant à tous les taliban du monde.
Si vous étiez une ville :
Fabrice : Laputa. À l'origine, cette ville est le miroir de l'île volante de Lagado, où arrive Gulliver au cours de l'un de ses voyages. Swift en a fait le symbole de la déraison scientifique. Cependant, ma version préférée de Laputa reste celle imaginée par Miyazaki ("Princesse Mononoke", "Le tombeau des lucioles", entre autres) dans "Le château dans le ciel". Sa vision de cette cité dérivant lentement au gré des courants aériens, traînant derrière elle un écheveau complexe de racines, est absolument magnifique.
Si vous étiez un héros de film ou de roman :
Fabrice : J'ai bien envie de dire - et d'ailleurs, je ne vais pas m'en priver - que je suis déjà le héros de mon propre film. Une vie humaine est un roman, à nous de comprendre notre pouvoir de création qui permettra d'en faire la plus belle des histoires.
Si vous étiez une insulte :
Fabrice : "Extrémiste". Ce mot m'évoque le refus total, la négation absolue, le rejet inconditionnel de l'autre et de ses différences et la folie des moyens employés pour imposer son point de vue. Dans un monde pluriel par essence, une telle attitude est pourtant vouée à l'échec sur le long terme. Elle est improductive, mais de plus en plus à la mode, ce qui augure de prochaines années emplies, comme disait De Caunes, de franche pignolade et de joyeuse gaudriole. Cependant, dans la vie de tous les jours ou employer des mots de plus de trois syllabes fait courir le risque d'être mal interprété, un "face de fion" bien senti me paraît être le minimum syndical pour entamer les pourparlers sur de bonnes bases.
Si vous étiez un mot :
Fabrice : Alors là... Peut-être quelque chose comme "chaudron", "mortier" ou "four", un mot qui symbolise à la fois la contenance et la capacité de transmutation, d'alchimie, de mélange qui peuvent s'opérer en son sein. Le lecteur pensera que j'évoque ici la métaphysique de l'âme, las, de façon plus prosaïque et au risque de décevoir l'ésotériste qui passerait sur ce site, je visualise le résultat final dans un beau fût de chêne...
Si vous étiez une couleur :
Fabrice : Le blanc. Prenez un disque de papier, peignez dessus le spectre de l'arc-en-ciel et imprimez-lui une grande vitesse de rotation ; le mélange des couleurs va donner du blanc. Alors, je ne voudrais pas faire mon philosophe de comptoir, mais le blanc m'apparaît comme le double symbole de la fusion parfaite et de la possibilité de toutes les expressions. Un bon résumé de l'âme humaine, en somme.
Si vous étiez un objet :
Fabrice : Un décapsuleur. La clé vers une parenthèse dans le temps, une pause dans la course vers la mort, l'indication qu'on se dirige, pour reprendre le titre du livre de Philippe Delerm, vers "La première gorgée de bière et autres petits plaisirs"... Le monde peut continuer de s'écrouler, on lève le pouce et on dit "stop" !
Si vous étiez un objet qui n'existe pas encore :
Fabrice : Un décapsuleur électrique ? Un petit pas pour la science et un grand bond pour l'humanité, quoi...
Le mot de la fin sera le vôtre, celui que vous voulez ! Que voulez-vous nous dire pour conclure cet entretien ?
Nicolas : Alors moi, ce sera "choucroute". Ne me demandez pas pourquoi. Et je souhaite tirer mon chapeau à ceux qui auront le courage de lire ce tissu d'espiègles galéjades jusqu'au bout. Quant à ceux qui s'interrogeraient sur notre état mental, qu'ils aillent jeter un oeil sur les critiques dont vous avez bien voulu nous honorer sur votre merveilleux site. Longue vie à Psychovision.
Un grand merci à vous deux, Fabrice et Nicolas, pour vos réponses et votre humour et au plaisir de vous lire de nouveau !
Nicolas : Merci à vous, délicieuse et indulgente Chaperon rouge.²Chez un échantillon représentatif de ma tata Lucette qui, pourtant, n'aime rien.
Interview réalisée par Chaperon Rouge