Neuromancien
(Neuromancer)

Difficile de s'attaquer à un monument tel que Neuromancien de William Gibson...
Tout le monde ou presque en a entendu parler et sait qu'il est aujourd'hui considéré comme l'un des ouvrages cultes de la science-fiction moderne et l'un des pionniers (si ce n'est le fondateur) du Cyberpunk et de la cyberculture en général. Pourtant, cette connaissance du phénomène ne gâte en rien la surprise de lecture que recèle ce livre étrange et compliqué et double au contraire le roman d'un léger goût suranné en raison de l'omniprésence de ces données informatiques et de cette culture dans notre société contemporaine.
Case est un pirate informatique, un homme doté de la faculté de pénétrer le cyberspace, une gigantesque matrice virtuelle de données et de programmes, par un ordinateur directement connecté à son cerveau. Ils sont assez peu nombreux dans cette société basée sur l'hypertechnicité et régie par des technologies de pointes à posséder ce talent, et ces êtres hors du commun sont donc considérés sont de véritables braqueurs de hauts vols que l'on s'arrache à prix d'or.
Case est donc l'un d'entre eux mais son existence, déjà pas des plus reluisantes, va prendre un tour encore plus radical lorsque les types qui l'ont engagé pour une mission dans le Cyberspace vont lui infliger à la suite d'une erreur fatale des dégâts neurologiques irréparables l'empêchant définitivement de se connecter. Ils vont ainsi le livrer à une vie sans but dans une cité hostile, uniquement voué à la débauche et aux drogues de pointe, expulsé de l'unique milieu dans lequel il avait un nom.
Pourtant, un jour, un mystérieux Armitage accompagné de Molly, une guerrière futuriste cybermodifiée à grands coups d’implants corporels (implants oculaires et griffes rétractables à la Wolverine pour ne citer que les plus spectaculaires) vont proposer à Case de travailler pour eux sur une mission ultra dangereuse et top secrète en échange d’une totale reconstruction de son organisme minée par les drogues et des parties détruites de son cerveau. Le pacte le conduira à pénétrer les programmes d'une puissante firme multinationale et Molly et lui croiseront sur leur chemin, entres autres créatures plus troublantes les unes que les autres, des Intelligences Artificielles aux pouvoirs terrifiants.

Ancré dans un Japon qui tient lieu de décor idéal à la cyberculture naissante, les héros de Neuromancien sont drogués, blasés et emplis d'une violence en parfait accord avec la froideur et le bouillonnement fiévreux et rongé de perversion qui parcourt la cité. Le langage employé par Gibson est précis, méticuleux, peut-être trop au risque de la saturation de noms de logiciels, de software et de marques bien connues de nos amis informaticiens. Par contre, comme pour pallier à ce trop plein de précision, le style est confus, l'intrigue est opaque et je mets au défi quiconque de n'avoir jamais dû relire un passage pour le resituer dans l'histoire ou de n'avoir jamais eu un moment d'hésitation sur la teneur de ce qu'il était en train de lire !
Mais cela fait aussi partie du charme déroutant de ce roman et une fois que l'on est plongé dedans et que l'on a surmonté l'immersion un peu difficile dans le style de Gibson, on adhère à 100% à l'univers et aux personnages. Personnellement, Molly a ma préférence car elle est un savant mélange de machine guerrière et de sensibilité féminine, archétype certes de la femme forte en littérature, mais certains de ses combats sont à ce point stylés et stylisés qu'on ne peut que comprendre dans quelles mesures cet ouvrage a pu inspirer les blockbusters actuels visuellement époustouflants que sont les Matrix et consorts !
A la lecture de Neuromancien, on comprend donc bien comment toute une génération a pu se reconnaître et surtout se passionner pour l'abîme virtuel et technologique qui s'offrait à eux.
Car c'est un point qu'il ne faut pas oublier, c'est que Neuromancien a été écrit en 1984 : aujourd'hui, il paraît courant de parler de matrice, de programmes hyperdéveloppés, de réseaux Internet et d'intelligence artificielle mais si l'on recontextualise ce roman, on ne peut qu'être surpris par l'imagination et les délires visuels et narratifs de William Gibson.
Certaines choses peuvent certes maintenant prêter à sourire ou peut-être pouvons-nous aujourd’hui affirmer avec plus de certitude que telle ou telle chose est impossible ou bien au contraire chose faite depuis pas mal d'années, mais imaginez la tête des lecteurs de Gibson vingt ans plus tôt ! Jetez un regard amusé aux vieux Atari de votre enfance ou de votre adolescence et vous verrez que ce n'était à ce moment peut-être pas aussi évident pour chacun que nous en serions là à l'heure actuelle...
Alors si vous aimez cette Cyberculture et ses héritiers plus contemporains, vous aimerez Neuromancien et vous plongerez avec le plus grand des plaisirs dans cette folie et dans cet univers qui ne ressemble en rien à ce qui avait pu être imaginé auparavant.

Note : 8,5/10
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Chaperon Rouge



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