Le Monde inverti
(The Inverted World)

Je pourrais commencer cette chronique par la première phrase du roman, comme c'est la plupart de temps de rigueur avec le Monde Inverti. Peut-être parce qu'elle est extrêmement marquante, peut-être parce qu'elle nous plonge d'emblée dans un univers hors norme, dans un lointain inhérent à la science-fiction, et peut-être tout simplement parce qu'elle nous intrigue et qu'elle est la preuve du talent de son auteur à capter d'emblée l'attention de son lecteur. Mais en tout cas, il me faut bien reconnaître que je vais moi aussi céder à la tentation de vous la citer. Jugez plutôt par vous-même : "J'avais atteint l'âge de mille kilomètres".
D'emblée, nous sommes propulsés dans un univers régit par des lois qui ne sont pas les nôtres, une temporalité qui transpose notre vision du monde dans l'inconnu et le mystère. Et la surprise ne s'arrêtera pas là. Car au fil des pages nous apprenons que l'univers que nous décrit Christopher Priest est un monde hostile et effrayant sur lequel est implantée une ville appelée Terre, en hommage à la planète du même nom. Mais cette ville possède un étrange secret, une particularité qui fait d'elle une cité hors du commun: elle est condamnée à se déplacer sans cesse, tirée par de gigantesques câbles et mue sur des rails que l'on doit sans cesse bâtir devant elle et déconstruire derrière en un rituel immuable.
Un étrange cérémonial qui gouverne totalement la vie de ses habitants, une colonie entièrement dévouée à cette progression permanente et éreintante. Et afin de mener à bien cette avancée dans un univers aride et peuplé de paysans autochtones, la Cité s'organise par classes : des Guildes dont chaque membre prête le serment solennel de ne jamais révéler aux habitants de la Cité ce qui se passe à l'extérieur.
Chaque fonction nécessaire à la progression vers le Nord de la ville, vers son Futur, est ainsi régie par une Guilde bien particulière : la Guilde des Voies pour la construction des rails, la Guilde de la Traction pour le mécanisme de progression et de treuils, des Echanges pour les pourparlers avec les paysans, ou bien encore celle des Topographes du Futur pour les hommes chargés de prospecter dans les terres situées devant la ville et d'effectuer des relever topographiques afin de déterminer son prochain parcours.

Helward Mann est l'un de ces Topographes du Futur. A l'âge de mille kilomètres, la majorité, il a rejoint la guilde dont faisait partie son père, sans vraiment savoir ce qui l'attendait. Il n'avait auparavant jamais vu le soleil ni son étrange apparence, jamais contemplé le ciel alentour ni jamais parcouru les champs ou les dunes qui entourent la cité. Ce jour est donc enfin arrivé pour lui. Mais au cours de son initiation il va faire de nombreuses découvertes et des expériences qui dépassent de loin son entendement.
Après s'être rendu vers le sud (dans le passé) et vers le Nord (dans le futur) la vision du monde d’Helward, celle qu'on lui a dogmatiquement inculquée dès son plus jeune âge, sera à jamais et irrémédiablement bouleversée. La ville nomade se déplace inexorablement vers un point abstrait nommé optimum qui serait le point où les conditions de vie des habitants seraient les plus proches de celles de la Terre et où il serait enfin peut-être possible de stabiliser la ville. Mais malheureusement, cet optimum se déplace lui aussi, à un rythme quasi équivalent à celui de la cité. D'où cette course sans fin vers un but et un lieu inconnus.
L'un des grands intérêts de cet ouvrage, c'est la découverte synchrone que nous faisons de ce monde avec celle d'Helward. Alternant entre des chapitres au "je" et des chapitres à focalisation externe, à la troisième personne, nous découvrons les particularités effrayantes de ce monde situé dans un univers très lointain. Véritable parcours initiatique auquel nous sommes conviés presque malgré nous, nous pénétrons la logique interne de cet univers autarcique, voué à des rites barbares, ou du moins extrêmement primaires, pour assurer sa survie dans le temps.
Personnellement, le style de Christopher Priest ne m'a pas convaincu, ou du moins, n'ayant pas eu la chance ni le courage de lire ce roman dans le texte, celui de son traducteur. Peut-être est-ce plutôt lui qu'il faut incriminer mais j'ai trouvé l'écriture un peu trop figée, hachée, et parfois, cet excès de didactisme me coupait un peu dans mon enthousiasme de lectrice. Mais bon, hormis ce petit reproche, Le monde inverti est un très bon ouvrage, et surtout, il faut le noter, un roman culte dans le domaine de la science-fiction. L'étonnement qu'il suscite à sa lecture et le nombre de questions qu'il soulève est à mon vais proportionnel au nombre d'analyses qui peuvent en être tirées !
Que les hypothèses soient scientifiques ou sociologiques, qu'elles soient une forme d'avertissement contre les méfaits des avancées technologiques ou bien au contraire un champs abstrait de spéculations sur les thèmes de la perception et de sa relativité, mais aussi sur la temporalité et ses distorsions, le questionnement sur les dimensions, la gravité ou bien la pesanteur, le lecteur est interpellé.
Le monde inverti joue en outre avec une très grande virtuosité du célèbre "sense of wonder" si récurent en science-fiction : le jeu de fascination-répulsion entretenu par Helward face à ce monde nouveau qu'il découvre peu à peu, si hostile, aride, chaotique et si étrangement dépaysant est en effet dans cette droite ligne, la progression d'Helward au fil de longues marches solitaires dans cette nature paysage répondant dans une véritable anisochronie à la progression de la ville ainsi qu'à la progression du héros dans sa connaissance du monde et de l'existence.
Le monde inverti est donc un ouvrage à lire. Extrêmement déroutant, il ne vous fera pas grâce de quelques longueurs mais il vous plongera dans un univers que vous n'oublierez pas de sitôt. Ce livre est une véritable incitation à la relecture car la pluralité d'explications et d'interprétations laissées par sa fin nous pousse, une fois la dernière page refermée à nous replonger dans les aventures d'Helward sous un éclairage désormais nouveau. C'est de la pure science-fiction, c'est devenu culte à l'heure actuelle, et sa réputation n'est pas usurpée. Alors si vous aimez la S-F, surtout, ne passez pas votre chemin sans vous attarder un instant sur cet ouvrage.

Note : 7,5/10
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Chaperon Rouge



Avis des visiteurs :

- La mise en place est interminable, l'auteur tente de nous tenir avec du blabla, pour pas que sa chute arrive page 98. Bref grosse déception d'un livre pourtant conseillé un peu partout. Sur le fond on est d'accord (classes sociales et rôles sociaux, paupérisation culturel, déterminisme, reflexion autour des concepts liberté / société...). Sur la forme soit il faut le lire en anglais car le traducteur est mauvais (j'espère pour Christopher) soit Christopher est chiant à crever.

Note : 3/10 (Spendcash)

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