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Serpentine
Auteur : Mélanie Fazi
Editeur : Editions de l'oxymore collection Epreuves (2004) et Bragelonne Collection l'Ombre (2008)
Première parution : 2004
Pays: France
Recueil de nouvelles.

Une voix qui s’élève, qui pénètre votre cerveau, votre corps tout entier, une voix qui ne vous quittera plus, gravée à jamais sur les parois de votre esprit, qui glisse sur votre épiderme à vous donner la chair de poule pour une éternité.
Il est de la littérature comme de la musique. Vous avez des chanteuses qui s’essoufflent, s’époumonent, ventilent pour pas grand-chose, pour quelques chansonnettes ridicules. Puis il y a les grandes chanteuses, celles qui placent les notes justes, celles à qui l’on offre des grands rôles. A n’en pas douter Mélanie Fazi fait partie de celles-ci et j’en suis sûr, elle jouera un grand rôle dans la littérature fantastique francophone.
Impossible de définir ce livre, ce choc que j’ai eu en lisant les dix nouvelles de ce recueil. Impossible de dire exactement cette fascination que j’ai encore pour certaines de ces nouvelles qui sont pour moi des chef-d’oeuvres, des pépites, des mondes dans lesquels j’ai plaisir à m’engouffrer et qui donnent à la vie un goût amer et en même temps sucré. Il y a des livres qui vivent et qui vous aident à vivre, qui vous font grandir et qui vous dilatent les pupilles comme pour mieux vous faire voir le monde et l’au-delà. Serpentine fait partie de ceux là.
Oh je sais, dans ce monde de suffisance dans lequel nous vivons on crie peut-être un peu trop vite au chef-d’œuvre. Dans ce monde où il suffit de mettre trois hobbits, un magicien et quelques méchant orcs pour qu’un lectorat décolle en pleine extase, le livre de Mélanie Fazi pourrait ne pas peser bien lourd. Mais c’est une plume légère et en même temps grave qui défie les lois du temps et de l’espace, c’est une plume maîtrisée et sacrément bourrée d’émotion qu’utilise l’auteure. Donc c’est un chef-d’œuvre, de la grande littérature, une nouvelliste hors paire et je n’ai plus d’adjectif, ni de mots assez forts pour crier combien ce livre est bouleversant.
Dans ces dix nouvelles, il est souvent question de fantômes, de lieux hantés par des créatures trop vite parties, victimes de la méchanceté ou de la dureté de la vie, des fantômes sur une aire d’autoroute, estropiés de la route, des fantômes dans un métro pareils à ces SDF qu’on laisse crever en ces saisons où d’autres souffrent d’indigestion, tout écrasés qu’ils sont de dinde aux marrons. Mélanie Fazi, c’est un chant, c’est un cri. C’est l’observation attentive de lieux, d’endroits sales que la plume de l’auteure transcendante en des histoires fantastiques. Se sont des gestes quotidiens qui vous font passer dans un ailleurs sombre et sensationnel. Se sont aussi des femmes, comme Mathilda cette chanteuse qui va jusqu’à porter sur scène les traces d’un crime dont elle a été victime et que chaque soir un public fait revivre, comme cette autre femme qui a perdu ses enfants enlevés par une force étrange, une histoire pleine de mystère et de féminité. Mathilda, pour en revenir quelques instants à ce récit, est à l’image des écrits de ce recueil, il montre à la lumière du fantastique les blessures du quotidien, les émotions qui vous blessent sans que vous puissiez le dire à quiconque, ces petits mots vexants qui s’échangent comme ça et qui vous laissent pourtant sur le cœur et sur la peau des cicatrices indélébiles.
Les personnages de Mélanie Fazi sont des mutilés, souvent jeunes, voire des enfants, comme dans Rêve de cendre où une jeune fille aime le feu d’une passion dévorante, portant sur elle les stigmates de brûlure que lui impose un phoenix tout de flamme et d’or. Les personnages de Mélanie Fazi, nous les croisons tous les jours, à la télé, dans la rue sans peut-être nous y attarder, trop pressés que nous sommes de courir à nos activités quotidiennes. Il faut alors qu’une auteure de génie nous les rappelle, leur donne une seconde vie en nous entraînant alors dans ce monde, celui des malheureux, des morts, des âmes errantes, le tout trempé dans un fantastique inégalable et hors du commun, profondément original.
Chez Mélanie Fazi, c’est le monde de l’enfance qui redevient une réalité, se sont les enfants qui voient, se sont les enfants qui savent et se sont les enfants qui sauvent, qui guident. C’est beau à pleurer comme on pleure devant certaines œuvres qui vous ramènent à vous-même, à ce que vous étiez. Le fantôme de l’enfance comme dans Le faiseur de pluie, où pendant des vacances pluvieuses vous partez à la chasse aux fantômes. Et encore une fois dans cette nouvelle c’est l’enfant qui libère l’âme égarée et qui comprend le monde. Tout comme dans Nous reprendre à la route, où c’est une jeune fille qui vous guide dans le labyrinthe de la mort.
L’écriture de Mélanie Fazi est organique, c’est sur la peau, sur le corps que l’on voit ce qui se passe, le tatouage comme dans la nouvelle qui donne son nom au recueil, un tatouage qui peut vous offrir une seconde vie grâce à une encre magique, des brûlures, des plaies béantes et un monde de tristesse.
L’auteure dérange et secoue les corps et l’âme du lecteur d’une façon que je n’avais encore à ce jour que rarement rencontré.
Mélanie Fazi n’est comparable à aucun autre auteur, mais peut-être, si je m’y risquais un peu, j’oserais comparer Serpentine à Loin à l’intérieur d’Armand Cabasson pour des thématiques communes… Mais se serait trop facile tant ces deux auteurs, qui sont certainement à l’heure actuelle les nouvellistes que j’admire le plus, ont su à leur façon créer une œuvre originale et donc incomparable.
Pour en revenir à Serpentine, je ne saurais que vous conseiller cet ouvrage. Achetez-le, volez-le, faîtes ce que vous voulez mais lisez-le ! Les nouvelles sont passionnantes, et à chaque fois il y a cette structure qui vous conduit sur une piste puis d’un seul coup, sans que vous y preniez garde, elle vous conduit ailleurs un peu comme dans le film Sixième Sens. Mélanie Fazi ose tout, même le western fantastique dans cette nouvelle qui clôt Serpentine, Ghost town blues, où une partie de poker peut vous coûter bien plus cher que quelques pence.
Serpentine est un ouvrage remplit d’émotion, de courage et de plaisir d’écrire, on sent tout l’amour que Mélanie Fazi porte à chacun de ces personnages, on s’y attache, elle nous surprend, nous fait trembler et surtout elle nous émeut. Mélanie Fazi, en peignant avec brio les blessures de la vie quotidienne, crée ici l’un des meilleurs recueils de nouvelles fantastiques que j’ai lu à ce jour.
Je conclurais donc par un grand merci à l’attention de Mélanie Fazi et je vous invite à vous jeter dans cet univers où serpente un chemin qui vous fera croiser une grande plume de la littérature fantastique. Un chef-d’œuvre.
10/10
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Et bien j'en suis justement à la moitié du recueil (je viens de finir Mathilda) et je voudrais saluer cette belle critique!
Vraiment, tu rends parfaitement ce que je ressens à la lecture de Serpentine: merveilleux !
On retrouve certaines thématiques que j'ai déjà pu lire dans Arlis des forains, notamment celle de l'arbre et de créatures enfouies au plus profond d'eux. Et bien entendu, le talent sans pareil qu'elle a pour décrire les tourments de l'enfance et de l'adolescence, leurs intérrorgations, leurs doutes, leurs errances etc. Vraiment une force dans les personnages qui est assez hallucinante...
J' ai encore quelques nouvelles à lire, mais jusque là j'adore aussi. ![]()
Respect...
Par contre, c'est marrant mais Mathilda (qui a eu le Prix Merlin de la nouvelle) n'est vraiment pas ma préférée, loin de là. Qu'en as-tu pensé ? Mais bon, elle est très bien tout de même ! Pour tous les fan d'ambiance de concert, je crois qu'elle serait parfaite !
J'ai trois pépins du fruit des morts de Mélanie Fazi qui attend impatiemment d'être ouvert sur mon étagère. J'ai vraiment hâte de m'y mettre aussi...
En tout cas, vraiment une belle chronique !!
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Ca y est, fini... ![]()
On est toujours très triste de quitter un ouvrage de la trempe de Serpentine...
Vraiment ce recueil est génial ! Chaque nouvelle a son intérêt, pas de répétition, pas de texte moins bon que les autres, un must !
Certaines nouvelles sont d'une beauté époustouflante. Petit théâtre de rame est superbe, très dure, très réaliste et en même temps très poétique. Toujours cette fascination pour l'enfance et ses jeux, des personnages extrêmement attachants, torturés.
Un réel talent pour transmettre des sentiments forts, à la fois simples et déchirants et pour créer une ambiance vraiment originale, la plupart du temps très sombre et un climat fantastique très intelligemment mené.
Un recueil que je recommande chaudement à tous les amoureux de bon fantastique.
Merci Mélanie Fazi pour cet excellent moment !
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Ah je suis vraiment content que tu es aimée Melanie Fazi!!!
Ce recueil est époustouflant de beauté...;
Tu parles de petit théâtre de rame, et là je m'addresse plus au parisien, vous ne regarderez plus votre trajet quotidien aprés avoir lut cette nouvelle!!!
Qu'elle est la nouvelle qui ta le plus plut??
Moi je pense que c'est petit théâtre de rame et celui qui se passe au bord de l'autoroute dont le titre m'échappe...
Je n'ai pas put livre d'autres livres de cette auteure pour l'instant mais quel talent!!!
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Un petit up à ce magnifique recueil qui vient tout juste de ressortir dans la collection l'Ombre de Bragelonne.
Un ouvrage essentiel. Il y a des classiques de la littérature fantastique, Serpentine en fait déjà partie...
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Tout simplement subblime!! Un ouvrage qui depuis que je l'ai lut m'habite véritablement!!! Une auteure géniale!!
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Vous ne donnez vraiment envie de découvrir cette auteur. Il va falloir que j'essaye.
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Avec Serpentine, mon préféré est Arlis des Forains, un magnifique roman.
Là, je lis actuellement Notre Dame des Ecailles et c'est une fois encore très très bon.
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Voilà, je l'ai malheureusement terminé... ![]()
Je sais que vous m'avez demandé vous dire laquelle j'avais préféré mais pour le coup, je vais avoir du mal à en citer une en particulier. On reconnait le style de l'auteur sur toutes les nouvelles mais elles ont toutes une histoire différentes. Un excellent recueil de nouvelle, l'un des meilleurs recueil de nouvelle que j'ai lu. Une ambiance sombre et triste se dégage de tous les textes. Le concert de Mathilda est tout de même un grand moment de littérature. Les histoires borderline deÉlégie, Rêves de cendre ou Le passeur laissent suspicieux avec un coté lovecraftien où ne sait si les personnages sont fou ou non. Quand aux tatouages de la boutique de Serpentine, ils hantent le lecteur bien après la lecture. Magnifique en tous cas.
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Vraiment contente que Serpentine t'ai plu !! ![]()
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La nouvelle Rêves de Cendres est sur Utopod:
http://www.utopod.com/2009/07/24/utopod … anie-fazi/
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Il va ressortir chez FolioSF
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Avec une bien belle couv tout à fait dans le thème en plus ! ![]()
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Il faut!! Ce livre est un chef d'œuvre!!
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Oui, oui, il faut le lire!!
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