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#1 2016-08-05 19:08:04

Gernier
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[C] Le Cycle de Cybione [Ayerdhal - 2015]

Genre : Science-Fiction, Anticipation, Politique-fiction, espionnage, Action
Année : 2015
Éditeur : Au Diable-Vauvert
Pays : Belgique

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Composé dans un esprit potache, le cycle de Cybione fait ses premiers pas en 1992 dans la collection Anticipations de Fleuve-Noir. Selon les dires même de l’auteur dans la préface, il ne pensait pas que sa farce science-fictionnesque dépasserait les limites d’une aimable boutade. Aiguillé par les remarques du directeur de collection, Ayerdhal fera de son récit initial une démonstration de l'utilisation des « 3S » indispensables à toute bonne fiction palpitante. Les 3S ? Du sang, du sexe et de la sueur.

Puis l’écrivain est revenu sur sa création à plusieurs reprises, enchaînant quatre opus avec son héroïne, pour y revenir quelque temps avant sa mort. L’ouvrage publié par le Diable Vauvert reprend donc la totalité des quatre courts romans de Cybione mais sous une forme révisée par Ayerdhal. N’ayant pas lu les précédentes éditions, je ne saurais m’avancer sur les différences entre cette intégrale et les deux premiers tirages (respectivement chez le Fleuve-Noir, puis chez J’ai Lu). Toujours est-il que nous avons affaire à un auteur qui maîtrise son style et son sujet. L’écriture sèche et nerveuse, plonge droit au but, sans aucune facilité stylistique. L’élément SF justifie quelques néologismes, des inventions parfois poétiques et même un recours à la spiritualité puisque des chamans entrent en scènes dans le troisième tome, le faisant basculer dans le fantastique.

Mais tout cela serait presque anecdotique si le Cycle ne reposait sur une base solide. Nous suivons donc les aventures d’Elyia Namh, unique Cybione de la galaxie — CYbernétique Biologique clONE, une femme améliorée capable de renaître à chaque trépas via une cuve « Phénix » — employée par la compagnie d’assurance Ender qui couvre les constitutions de républiques encore fragiles. Agente rétive dotée d’aptitudes surhumaines, Elyia est surveillée dans chacune de ses missions par des Spads (pour spadassins) entraînés pour la mettre à mort dès qu'elle a accompli ses objectifs. Elyia intervient dans des planètes aux régimes déstabilisées dans lesquelles elle usera de ses talents pour la manipulation et l'espionnage, accouchant aux forceps de démocraties en accord avec les désidératas d’Ender.

Déjà complexes à la base, notamment grâce à la relation entre l’héroïne et son employeur — un richissime margoulin au caractère sadique —, ces quatre récits nous plongent dans un amalgame de politique-fiction et d’action. Les liaisons entre les différents personnages qui mènent double voire triple jeu avec des agences gouvernementales et des circuits clandestins de résistance nécessite une lecture concentrée pour s'y retrouver dans cet imbroglio. D'autant plus qu'Ayerdhal brouille volontier les cartes en usant de retournements de situation en pagaille.

Les planètes où officie Elyia sont des projections de contextes existants dans notre monde. Ayerdhal, plutôt que de s’embourber dans la description d'un présent factuel préfère recourir à la fable pour discourir sur les perversions de nos propres systèmes démocratiques.

Difficile de ne pas distinguer dans la compagnie d’assurance Ender qui privilégie les régimes parlementaires donnant le champ libre à un libéralisme mortifère une critique acerbe de l’interventionnisme américain/européen dans des pays déjà déséquilibrés par des affrontements idéologiques. De nombreuses saillies à l'encontre de la politique tel qu'elle se pratique actuellement – non dénués d’un humour extrêmement noir – ponctuent les récits. Ayerdhal assume ses préférences anarchistes dans un engagement qui est d’autant plus intéressant à voir qu’il se fait rare, la plupart des écrivaillons contemporains ne faisant que reprendre des stéréotypes éculés sans même s’interroger sur ce que les outils narratifs de la SF (ou fantasy/fantastique) peuvent leur offrir pour tisser des métaphores pertinentes de nos dysfonctionnements et décrire des utopies.

Utopies qu'Ayerdhal encourage, tout en reconnaissant leurs extrêmes fragilités et leurs propensions à être pervertis de l'intérieur. Impossible de ne pas ressentir la sympathie de l’écrivain pour les rêveurs du Polytan ou la joyeuse anarchie tout droit issue du reggae de la « Jahnaïc », dans laquelle notre héroïne trouvera enfin les armes nécessaires pour se rebeller contre son employeur. Au final, les aventures de Cybione comportent un peu plus que les 3S dans son ADN, car l’auteur distille dans sa fiction des pistes de réflexion sur notre réalité.

Et c’est le propre de toute bonne littérature que de nous tendre un miroir déformant.

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