Bonjour Ebnezer Vorium et avant tout un grand merci d'accepter de te livrer à cette petite interview pour Psychovision !
Bonjour, c'est surtout à moi de te remercier, ainsi que Psychovision dans son ensemble, pour cette opportunité de m'exprimer sur mon travail ! J'ai commencé à écrire vers l'âge de neuf ans. À cette époque déjà, je lisais énormément (parfois des nuits entières !), et ayant un monde intérieur très développé pour mon âge (j'étais un enfant qui réfléchissait beaucoup, et même sur de grands thèmes comme la mort, la religion, etc.), l'envie d'écrire des histoires m'est vite venue. Ma première tentative de roman était (déjà !) une sombre histoire de spectre hantant un manoir perdu au milieu de nulle part, dont la propriétaire était une jeune femme orpheline... De mémoire, je ne crois pas avoir été plus loin que trois ou quatre chapitres, mais j'ai l'excuse de la jeunesse (rires) ! J'ai fait ensuite une brève tentative dans la science-fiction, encore plus vite avortée ! C'est vers l'âge de treize ou quatorze ans que les choses se sont précisées, car après une seconde tentative avortée dans le fantastique (l'histoire d'un croquemort solitaire et morbide !), j'ai écrit un premier vrai roman. J'avais cette fois-là commencé à écrire en "improvisant", sans réelle intention de donner vie à un roman, et lorsque deux mois plus tard, j'ai écrit le mot fin, j'ai compris que quelque chose de très important s'était passé, et que rien ne serait plus jamais pareil en matière d'écriture. Ce fut effectivement le cas, et j'ai alors connu, jusque vers l'âge de dix-sept ans, ma première "explosion d'écriture" : trois romans de plus, et une multitude de nouvelles, le tout bien sûr, naviguant toujours entre gore, fantastique, romantisme noir et science fiction, mes quatre styles de prédilection à l'époque. L'idée de faire de l'écriture mon métier me trottait sérieusement dans la tête. Après une publication au Fleuve Noir manquée par malchance (la collection concernée ayant été supprimée juste au mauvais moment !), je suis rentré dans une sorte de traversée du désert, pas en terme de manque d'inspiration (je n'ai jamais connu la page blanche !), mais à cause de ma vie chaotique et compliquée, parfois très précaire. J'en ai profité pour m'essayer à diverses formes d'écriture et divers genres, comme le journal personnel, la poésie, l'essai, etc. Vers le début des années 2000, le désir de rétablir une activité littéraire régulière s'est fait très fortement ressentir, et ma vie se stabilisant, j'ai pu enfin connaître ma seconde "explosion d'écriture", très largement supérieure à la première en quantité comme en qualité, et s'éloignant du style gore pour développer davantage l'ambiance à travers mes trois autres styles fétiches. Pendant un an et demi, j'ai écrit comme je respirais : nouvelles, recueils de nouvelles, dialogue, romans, une véritable orgie d'écriture ! Face à un tel déferlement, l'idée d'en faire mon métier est revenue en force, mais avec la naïveté de l'adolescence en moins. Je m'efforce donc aujourd'hui de réaliser ce rêve, avec les difficultés, énormes, que cela comporte. On verra bien où cela me mène...
Tu es un auteur autoédité. Es-tu satisfait de cette forme de publication ou au contraire l'autoédition représente-t-elle à l'heure actuelle une barrière à ton travail ? Pourquoi avoir fait ce choix ? Peux-tu nous parler des contraintes que ce travail "de l'ombre" t'impose et, au contraire, des libertés qu'elle entraîne sûrement dans ton écriture ? Quel regard porte-tu sur l'auto-édition actuelle et le panorama qui se dégage actuellement ?
Je suis à la fois satisfait et insatisfait (rires)... Avant tout, je voudrais dire que je ne suis pas forcément venu à l'autoédition par choix (tout au moins au début) mais plutôt par hasard. Au début, je comptais bien tenter ma chance auprès des éditeurs traditionnels, et je l'ai d'ailleurs fait quelques fois. Mais plusieurs problèmes se sont posés : ma jeunesse, car à dix-sept ans, il n'était pas évident pour un adolescent de province de discuter avec des gens du milieu de l'Édition parisienne en étant pris au sérieux. Ma difficulté à me déplacer, et mon éloignement géographique de ces éditeurs était également un gros problème (et il n'y avait pas internet à l'époque !). Enfin, mon style posait lui aussi problème, dans le sens où tout ce qui avait trait à la "littérature horrifique" en général était encore très mal vu (j'en veux pour preuve le fait que les efforts d'ouverture du Fleuve Noir en ce sens ont alors récolté la tempête du mécontentement de l'opinion publique, et cela a quand même été, je crois, jusqu'à la suppression de la collection concernée !). Petit à petit, je me suis donc replié sur moi-même. J'ai fondé avec quelques amis de l'époque un fanzine publiant des histoires amateurs dans ces genres-là (essentiellement gore et fantastique), et l'idée de créer ma propre maison d'édition a commencé à me trotter dans la tête. Plus tard, lorsque j'ai rétabli un rythme d'écriture sérieux, j'ai aussi découvert que le monde de l'édition en général avait beaucoup évolué, pas toujours en bien d'ailleurs. La principale différence entre hier et aujourd'hui est que si il y a davantage de maisons d'édition qui sont ouvertes à des styles comme le fantastique, le nombre d'écrivains tentant de faire publier leurs manuscrits a lui aussi littéralement explosé ! Le rapport des choses n'est donc pas si encourageant que cela ! En outre, je reconnais avoir toujours eu une idée très précise de ce à quoi devait ressembler le produit final issu de mon travail, donc l'idée de tout faire moi-même me plaît, tout simplement ! Et c'est là que le hasard de ma rencontre avec l'autoédition s'est quelque part transformé en choix. Car après avoir tenté des années durant de trouver des référents sérieux avec qui travailler, je dois avouer ne pas y être parvenu. Dès lors que je délègue quoi que ce soit, même la tâche la plus infime, c'est la catastrophe, et je dois repasser derrière, surveiller mes interlocuteurs en permanence comme du lait sur le feu. C'est à la fois épuisant et contre-productif, car l'art passe alors au second plan et doit s'incliner devant des contraintes purement techniques et administratives qui peuvent aller jusqu'à le mettre en péril, donc je préfère finalement tout faire moi-même, autant que cela soit possible techniquement.
Tu aimes à te présenter comme "écrivain de l'ombre". Peux-tu nous expliquer cette belle image ?
Eh bien ! je crois que cette image parle d'elle-même. Je me suis toujours senti bien dans l'ombre, en retrait par rapport aux gens et aux choses. J'ai vécu presque toute ma vie dans cette ombre, et j'ai tendance à m'y enfoncer un peu plus chaque jour. Je suis un grand solitaire (ce qui ne veut pas dire que je sois asocial, loin s'en faut !). Je n'aime pas me mettre en avant (ce qui peut sembler paradoxal vu mon métier d'écrivain, mais pas contradictoire à mon sens, précisément parce que j'écris sous un pseudonyme et suis farouchement attaché à l'idée de conserver mon anonymat, et une vie privée !) je suis quelqu'un de très discret, et j'ai un monde intérieur très personnel et développé, depuis ma plus tendre enfance ; à ce titre, l'ombre me convient parfaitement. Je suis aussi assez agoraphobe, et j'ai toujours préféré la solitude et la réflexion dans un endroit calme et retiré à un endroit bruyant et enfumé où l'on se complaît dans la superficialité. Telle est ma voie personnelle, et cela n'engage que moi bien sûr... Lorsque j'ai commencé à réfléchir à une sorte de formule qui pourrait bien me décrire en tant qu'écrivain, j'ai pensé à "écrivain de l'ombre", également à cause du fait que mes histoires sont toujours assez ténébreuses, voire hors du temps des humains...
Tu es l'un des rares auteurs à proposer tes ouvrages sous le format E-Book. Pourquoi ce choix un peu risqué ? Que t'apporte-t-il par rapport à une publication papier ? A l'avenir penses-tu continuer les E-book ou penses-tu te diriger de plus en plus vers des sorties imprimées ?
Le format e-book commence quand même à se répandre, que ce soit chez les auteurs publiés par les éditeurs traditionnels ou chez les écrivains autoédités. Tu as parfaitement raison, c'est un choix très risqué, et j'en ai fait les frais, c'est le cas de le dire... D'un point de vue strictement technique, je pense sincèrement que c'est une révolution, car cela donne des possibilités d'utilisation bien supérieures à celles du livre papier. Mais je crois que ce format est arrivé trop tôt, et les gens, qui n'étaient pour la plupart pas prêts à une telle révolution (en France en tout cas, où nous sommes toujours à la traîne !), n'ont pas accroché, ni réalisé ce que cela pouvait apporter de bien. Il y a aussi le fait que la plupart des e-books proposés, même par des "librairies numériques" connues (et donc payants !), sont plus que rudimentaires, et mal ficelés de a à z (couvertures horribles, pas de quatrième de couverture, typographie aux abonnés absents, mise en page minimaliste, etc., c'est du minimum syndical !), et il faut vraiment s'armer de courage pour avoir envie de passer du temps à lire de tels ouvrages ! Pour ce qui est de la question comparative, je ne crois justement pas qu'il faille se borner à comparer l'e-book au livre papier pour savoir quels sont les avantages de l'un par rapport à l'autre, mais plutôt les considérer comme complémentaires. Ceci dit, devant le fiasco de l'e-book (en tout cas en ce qui me concerne), j'ai dû revoir ma stratégie, et me replier sur le bon vieux livre papier, qui finalement (et je l'espère sincèrement !) a sans doute encore de beaux jours devant lui. Pour moi, ce n'est pas un problème en soi que de devoir faire du livre papier, puisque c'était dans mes projets, et si je ne l'avais pas fait dès le début, c'était uniquement pour des raisons financières. Mais je trouve simplement dommage que tant de gens passent à côté de quelque chose d'aussi formidable que l'e-book. Je pense notamment à tout ce que cela aurait pu apporter de bien aux personnes qui aiment lire mais ont des problèmes de vue (possibilité de grossir la taille des caractères, etc.). À l'heure actuelle, je pense que l'e-book serait idéal pour un écrivain qui veut publier ses livres gratuitement sur internet et les diffuser au maximum et le plus facilement possible juste pour partager ce qu'il fait, sans aucun but professionnel.
Venons-en maintenant à tes écrits. Je t'ai découvert sur une nouvelle, "Himasa" puis sur ton recueil excellent "L'Heure des Spectres et Autres Nouvelles". Tu sembles accorder une extrême importance à la psychologie de tes personnages, les liens entre eux sont très fouillés. On sent un attachement très fort par rapport à eux. Est-ce l'un des moteurs de ton écriture ?
Oui, absolument ! La retranscription du monde intérieur de mes personnages est mon souci principal lorsque j'écris une histoire qui les met en scène, et cela tend à s'accentuer toujours davantage avec le temps, ce dont tu pourras te rendre compte si tu lis mes prochains écrits. Je suis quelqu'un d'extrêmement sensible. Je dis toujours, pour me décrire en ce domaine, que "je suis partisan du juste milieu en tout, sauf en matière de sentiments". Cela tient à la fois à mes origines et à la façon dont ma vie s'est déroulée jusqu'ici. Mes personnages littéraires, pour fictifs qu'ils sont, sont un peu comme mes enfants, alors je crois que cette sensibilité exacerbée qui m'a toujours animé se retranscrit inévitablement à travers eux. J'aime aussi tisser des liens complexes entre eux, des entrelacs de sentiments qui les mettent souvent dans des positions délicates, par rapport à eux-mêmes, mais aussi par rapport à la société humaine et ses conventions. D'un point de vue général, j'avoue n'avoir jamais été partisan des situations faciles, car dans un monde tel que celui qui nous entoure, ce n'est pas à travers de telles situations que l'on acquiert le plus d'expérience. C'est en tout cas ma conviction... Je pense qu'il y a un peu de moi-même dans chacun de mes personnages. Il me serait certainement très difficile de créer un personnage en qui je déteste tout, avec qui je n'ai vraiment aucune affinité, même de très loin. Ce serait juste une enveloppe vide pour moi, une sorte de faire-valoir qui ne serait destiné qu'à meubler quelques pages. Bon, il y a évidemment toujours des personnages "de passage" qui apparaissent un jour où l'autre dans l'oeuvre de tout écrivain, et ce fait vaut pour moi comme pour tout écrivain je pense, mais en ce qui me concerne, j'essaie de traiter ces personnages avec un minimum de respect, et le plus souvent, si je ne les ai présenté que brièvement, ils réapparaîtront tôt ou tard dans mon oeuvre en prenant davantage de consistance... Oui, je pense que mon attachement très fort à mes personnages est l'un des moteurs de mon écriture, car pour que des lecteurs puissent croire en eux et s'y attacher, il faut déjà que je sois capable de le faire moi-même. Si les personnages créés par un écrivain lui sont étrangers, le lecteur ne sera certainement pas dupe...
J'ai lu dans ta postface à "L'Heure des Spectres et Autres Nouvelles" que les spectres faisaient partie de ton existence, que tu semblais leur accorder une foi et une importance toutes particulières. Dois-tu donc, quelque part, croire en ce que tu écris pour qu'il y ait matière suffisante à offrir une histoire solide et cohérente au lecteur ? Ou aimes-tu aussi au contraire plonger dans la pure fiction, dans quelque chose auquel tu pourrais ne pas du tout croire ?
Ce que l'on nomme (improprement à mon avis) le "surnaturel" a effectivement plus ou moins toujours fait partie de mon existence. Disons, sans entrer dans les détails, que je n'ai jamais eu le sentiment de vivre une existence normale, ce que les faits n'ont jamais démenti, jusqu'à preuve du contraire... Je pense qu'il est mieux de croire en ce que l'on écrit si l'on veut être authentique, mais là encore, ce n'est que mon sentiment personnel, et d'autres écrivains pourront très bien faire regorger leurs ouvrages de phénomènes paranormaux sans y croire un seul instant. Je pense que c'est avant tout à chaque écrivain de savoir où il se situe en la matière, si il entend oeuvrer dans le fantastique. De toute manière, il y a bien évidemment toujours une part de fiction dans mes écrits, mais d'un point de vue général, je crois à des choses qui nous dépassent, et même de très loin... Par contre, il y a peut-être des domaines où au contraire, il est moins nécessaire de croire fermement en ce que l'on décrit. Je pense à la science-fiction par exemple. Encore que cela puisse se discuter, et que le futur a parfois donné raison au "délires" de grands écrivains de science-fiction (rires), mais je pense que dans ce genre, comme dans l'heroic fantasy aussi, il est peut-être moins nécessaire de croire à ce que l'on écrit, je veux dire en tant que chose réalisable. On peut sans doute se contenter d'être passionnés par les sujets que l'on traite. Enfin, là encore, chacun le ressent à sa manière, et un autre auteur pourra fort bien te dire le contraire de ce que je viens de te dire... C'est là une question très difficile à traiter, car je crois que là-dessus, il y a certainement autant d'avis que d'écrivains...
Le fantastique que tu nous proposes est très classique (dans le bon sens du terme, rassure-toi !), très travaillé avec une attention toute particulière au bon usage de la langue française. Pourquoi attacher autant d'importance à la réforme de l'orthographe de 1990 de l'Académie Française alors que celle-ci n'a quasiment jamais été adoptée par le langage courant ? Petite préciosité d'écrivain qui imposerait ainsi ta personnalité de plume ou au contraire est-ce le signe d'un profond respect de ta part pour ta langue et ses codes ? Peux-tu nous parler de ta manière d'écrire, de tes ressorts d'écrivain ?
Oh ! Ne t'inquiète pas, le terme "classique" ne me dérange pas le moins du monde ! Je reconnais ne plus avoir pour ambition d'inventer quoi que ce soit (j'ai eu cette ambition dans le passé, et c'était très présomptueux de ma part, je le reconnais !), car pour cela, en matière de littérature, il faudrait se lever de bonne heure ! Mon seul but est d'écrire le mieux possible ce que je ressens au plus profond de moi-même, et si je parviens à le faire partager à ceux que la littérature passionne comme moi, c'est encore mieux ! J'adore la langue française, que je trouve magnifique, et il est donc normal que je fasse tout mon possible, pour l'honorer dans mes livres. J'aime beaucoup les travaux de l'Académie française, car elle a tenté de fixer la langue et de la préserver au fil des siècles, ce que ne fait pas ou peu la majorité des gens qui parle cette langue aujourd'hui. Je trouve le travail de l'Académie à la fois utile noble et courageux, et j'ai essayé, en suivant les rectifications (attention, contrairement à ce que la plupart des gens croient, il ne s'agissait justement pas d'une réforme !) de l'orthographe qu'elle a proposées, de leur apporter mon modeste soutien. Mais là encore, vu la façon que les gens ont de percevoir le progrès dans ce pays, c'est comme pour les e-books, on verra bien ce qui arrivera !
"L'Heure des Spectres et Autres Nouvelles" est un recueil à la structure extrêmement travaillée, ordonnée, qui tisse une trame extrêmement dense et originale entre tous les textes qui le composent. Comment t'es venue cette idée ? Es-tu parti avec cet objectif un peu fou en tête ou bien as-tu vu se dessiner cette voie au fil de la construction et de l'évolution de tes nouvelles, de tes personnages ?
Cette idée m'est venue sans la solliciter le moins du monde (rires)... Non, je n'avais absolument pas cet objectif en tête en prenant ma plume, cette après-midi d'août 2004 ; je voulais simplement me remettre à écrire sérieusement, alors j'ai écrit Zoriza, une courte nouvelle, en répondant à une impulsion subite. Satisfait du résultat, j'ai enchaîné avec une seconde nouvelle, Les Ombres mortes, répondant elle aussi à une impulsion... Lorsque ce phénomène s'est répété pour la troisième fois, j'ai commencé à me dire que vu que ces nouvelles traitaient toutes du même sujet (les spectres), il serait sans doute intéressant de les réunir sur un recueil. Par contre, l'idée de leur trouver un lien après coup avec une ultime nouvelle qui constitue une sorte d'apothéose ne m'est venu que plus tard, lorsque j'ai terminé la quatrième nouvelle, Sous les rochers. Ce fut vraiment une aventure étrange, comme je n'en avais jamais vécu auparavant, et là encore, j'ai vraiment eu le sentiment qu'il se passait quelque chose d'inhabituel, "d'anormal"... Si j'avais tout planifié, cela aurait été différent, certainement beaucoup plus simple. Là, je créais le lien après coup ! Et je dois dire que de mémoire d'écrivain, je n'ai jamais ressenti une exaltation aussi forte que lorsque j'ai écrit la sixième nouvelle, L'Heure des spectres, le Lien (représenté par la couverture du livre...). Une véritable transe, une passion digne de celle des grandes saintes (rires) ! La nuit, j'étais dans l'incapacité totale de dormir, et il me fallait me relever pour faire rejaillir sur le papier ce torrent d'idées, de phrases parfois complètes et parfaitement ordonnées, ces bribes de dialogues qui m'assaillaient en permanence... Bref, ceux qui liront ces mots me prendront peut-être pour un fou, mais cela s'est réellement passé ainsi ! J'ai toujours eu un rapport très très spécial à l'écriture...
Quelles sont tes principales sources d'inspiration, littérature, cinéma, musique, ville ou pays, êtres chers ? Quelles sont les auteurs qui t'ont le plus marqué ou qui te marquent à l'heure actuelle ? Un petit commentaire sur la production contemporaine en matière de fantastique ?
Tout. Je suis quelqu'un de très réceptif. Je me compare souvent à une sorte de "scanner vivant", ou de "vampire". Je suce le sang de la vie, j'absorbe tout ce qui est autour de moi, je le décrypte à ma façon, je l'analyse, et, le cas échéant, si cela présente un intérêt ou peut exacerber ma sensibilité, je le recrache sous une forme artistique ou une autre. Donc oui, la littérature bien sûr (bien que ce bizarrement, ce ne soit pas elle qui m'influence le plus !), car j'ai adoré lire depuis ma plus tendre enfance. Il y avait toujours de véritables tours de livres empilées au pied de mon lit. Je les dévorais ! Et cette faim n'a jamais été repue... Les auteurs qui m'ont marqué (mais n'ont pas forcément tous influencé mon style d'écriture, je le précise !) sont des gens aussi divers que F. Paul Wilson, Bram Stoker, Corsélien, Jack Ketchum, Jean-Paul Bourre, Nakata Hideo, Wladimir Nabokov, Charles Vildrac, Molière, Sade, Georges Bordonove, Gaston Leroux, Marcel Jouhandeau, Stéphane Mallarmé, Amélie Nothomb, Cioran, Maurice Renard, Gabriel Matzneff, Théophile Gautier, Maurice Limat, H.P. Lovecraft, Edgar Allan Poe, Valérie Valère, etc. Je cite là ceux qui me viennent à l'esprit à l'instant où je te parle, mais cette liste n'est pas exhaustive bien sûr ! Je ne suis pas du tout sectaire en matière de littérature, et j'ai eu autant de plaisir à lire la Comtesse de Ségur quand j'étais petit qu'un roman de science-fiction du Fleuve Noir plus tard par exemple. J'avoue très mal connaître la production littéraire contemporaine en matière de fantastique, donc j'aurais du mal à t'en faire un commentaire objectif, vu que ce que j'ai lu de plus récent en la matière est l'oeuvre de Nakata Hideo (les quatre livres "Ring", "Rasen", "Loop" et "Birthday"), qui date quand même des années 1990 ! Mais je pense, malgré ma vision superficielle des choses (due à mon "décalage" avec mon époque !), que le fantastique a lui aussi subi les effets de la mondialisation (rires)... Et je vais sans doute te surprendre en te disant que je lis beaucoup plus d'ouvrages historiques aujourd'hui que fantastique, car l'Histoire me passionne elle aussi. Je suis sans doute plus proche du fantastique cinématographique, qui influence plus directement mon écriture. Là, depuis la fin des années 1990, après quelques années assez lamentables, ou la production avait nettement baissé en qualité, je trouve qu'il y a de très bonnes choses, mes préférences allant, dans ce domaine, et de très loin, au cinéma fantastique asiatique, coréen surtout.
Peux-tu nous parler de tes futurs projets ? Comptes-tu rester uniquement dans le fantastique et la science-fiction ou d'autres styles littéraires t'attirent-ils aussi ?
Le premier de mes projets littéraires est de pouvoir continuer à exercer ce métier d'écrivain que j'aime tant, et c'est déjà un sacré combat en soi, qui est loin d'être gagné d'avance... Car la disproportion entre ce que l'on doit donner, en terme d'efforts et financièrement, et ce que l'on en retire (hormis le plaisir immense d'écrire bien sûr, quand on parvient à le préserver, ce qui là encore, n'est pas gagné d'avance vu les contraintes !), est hélas énorme, dans le mauvais sens. Et comme notre cher pays est loin d'être le bon numéro en matière de fiscalité, je ne peux jurer de rien sur ma longévité d'écrivain "professionnel". Je ne veux pas paraître négatif, mais il est nécessaire, je crois, d'être un minimum réaliste quand on se lance dans ce genre d'activité en tant qu'écrivain autoédité, et c'est je crois ce qui fait défaut à beaucoup trop d'écrivains autoédités. Si cela ne marche pas, j'aurais toujours la possibilité de me tourner à nouveau vers l'édition traditionnelle (j'y pense parfois), même si je n'aime pas du tout l'idée de perdre le contrôle de ma création. Après, en derniers recours, on peut toujours faire partager gratuitement ses oeuvres, mais bon, là, il faut être riche à la base, surtout si l'on veut proposer du livre papier ; ou alors, justement, ne faire que de l'e-book (rires). Quoi qu'il advienne, je m'efforcerai de conserver intacte la passion : c'est là pour moi le projet suprême...
Petite question bonus (ou question piège !), le questionnaire express :
Je ne te cacherai pas que les animaux m'ont déçu tout autant que les gens, et que seul le monde végétal a encore mon respect et ne m'a pas encore déçu (rires). Il m'est donc très difficile de m'imaginer en animal... Mais je crois que je me verrais quand même bien en grand prédateur préhistorique, genre tyrannosaure. Sinon, j'ai toujours adoré les serpents, depuis tout petit. Un requin blanc, ça me dirait bien aussi, pour pouvoir dévorer tous les inconscients qui croient pouvoir défier la mer impunément ! Enfin, pourquoi pas quelque chose de plus traditionnel, comme un rapace, histoire de voir ce que cela fait de voler ? Diable, je vois que je suis vraiment dans les "méchantes" bébêtes (rires) !
Si tu étais une ville :
Venise bien sûr, vu mes origines ! Sinon, une ville que j'inventerais...
Si tu étais un héros de film ou de roman :
De film, je serai sans doute Shi-Eun ou Hyo-Shin, deux des héroïnes du film sud-coréen "Memento Mori", l'un de mes films préférés car j'adore leur monde intérieur, ou Béatrice dans "La Passion Béatrice" de Bertrand Tavernier, lui aussi dans le top 10 des mes films favoris. Je pense que j'aimerais davantage être une héroïne qu'un héros pour être honnête (mais que vas-tu penser de moi en lisant cela !). De roman, je ne vois pas trop... J'aime bien l'idée d'expérimenter la perte de repères de Jonathan Harker dans le "Dracula" de Stoker. Et il serait certainement fantastique de pouvoir être Yamamura Sadako dans les romans de Nakata Hideo. Ah ! il n'y a rien a faire, je suis définitivement dans le clan des grands prédateurs ! Non, pour redevenir sérieux, et sans vouloir paraître prétentieux, n'importe lequel de mes propres personnages littéraires, qui contiennent déjà tous un peu (ou beaucoup !) de moi. De ce fait, je pense que ce serait assez facile pour moi d'être l'un d'eux ! Je me sens particulièrement proche de Clotilde...
Si tu étais une insulte :
Mmm... probablement une insulte en italien, car j'ai grandi en entendant souvent des gros mots italiens. Voyons voir... Ah ! J'y suis : mais je n'oserai pas la retranscrire ici, car il faut rester poli... Mais... être une insulte, quelle drôle d'idée (rires) !
Si tu étais un mot :
Amour, ténèbres, suicide, frère, soeur... spectre ! N'importe lequel de ces mots, qui sont autant de clefs de mon univers littéraire...
Si tu étais une couleur :
Ayant dépassé le stade de l'adolescence sectaire où l'on vénère souvent une couleur unique en dénigrant toutes les autres, toute les couleurs ont ma sympathie aujourd'hui, ne serait-ce que parce qu'elles embellissent la vie. J'avoue quand même un penchant certain pour le mauve, le violet et le noir (si l'on ne considère pas ce dernier comme une non-couleur, comme certains peintres !).
Si tu étais un objet :
Probablement un instrument de musique, un orgue par exemple. Un livre, cela me plairait beaucoup, raconter une histoire et être lu, avec un peu d'espoir traverser plusieurs époques et en refléter une... Sinon, n'importe quel "objet" issu de la nature me contenterait en guise de réincarnation (rires). Je me vois très bien en arbre, ou même en caillou, pourquoi pas !
Si tu étais un objet qui n'existe pas encore :
Diable ! Mais l'exercice devient ardu ! Hum ! un objet que j'ai inventé dans l'un de mes romans de science-fiction en attente de publication (Chroniques du Monde Finissant 1-6). Cet objet s'appelle un "enténébreur", mais je ne peux en dévoiler davantage pour l'instant, pour ne pas gâcher le suspense...
Le mot de la fin sera le tien : Que voudrais-tu nous dire pour conclure cet entretien ?
Que je trouve formidable qu'il existe des structures comme Psychovision, animées par des bénévoles qui donnent de leur temps pour faire vivre leur passion et la partager. Je crois sincèrement qu'il pourrait sortir quelque chose de bon de l'autoédition, mais pour cela, il faut que les écrivains autoédités soient beaucoup plus exigeants par rapport à eux-mêmes, car encore une fois, écrire une histoire, même bien ficelée, ne suffit pas à être un bon écrivain autoédité. Il faut être capable et désireux d'assumer toutes les autres taches inhérentes à cette activité, avoir envie de se perfectionner sans arrêt, et alors, la qualité finira par être l'égale de celle de l'édition traditionnelle. Mais d'ici là, il y a encore du pain sur la planche ! Nous devons nous accrocher à nos rêves, mais aussi et surtout nous donner les moyens de les faire vivre sous une forme respectable, et légale. Internet n'est qu'un outil, cela peut nous aider bien sûr, mais ne fera en aucun cas le travail à notre place. N'oublions jamais cela, et tout ira bien...
Un grand merci Ebnezer Vorium et au plaisir de te lire de nouveau !Interview réalisée par Chaperon Rouge